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Un prospecteur retrouve des vestiges sous marins de la bataille de Sagone

April 11, 2014 11:00pm

Un bateau, et plus précisément une « flûte », coulée le 1er mai 1811 retrouvé par un plongeur à l’aide d’un détecteur de métaux, c’est ce que nous allons vous raconter dans ces quelques pages. 

Cette fois ci notre amis Mudy Diver a frappé très fort le tout dans les règles de l’art c'est-à-dire sous contrôle de l’archéologie sous marine. Voici donc le travail de toute une équipe et de plusieurs campagnes de fouilles enfin récompensé.

L’avènement du Grand Empire

Nous sommes en 1811, les troupes de Napoléon vont de victoire en victoire à travers toute l’Europe. Il a compris depuis 1804 qu’une paix durable en Europe est conditionnée par l’annexion du Royaume Uni. Ses espérances volent en éclat suite à la Bataille de Trafalgar. Les Britanniques y gagnent la domination des mers. En réponse au harcèlement qu’exerce les britanniques envers les bateaux de commerce français, Napoléon tente d’imposer le Blocus continental, qui vise à asphyxier l’industrie britannique. Le Portugal, vieil allié des Britanniques, refuse de signer ce traité. Napoléon recherche donc l’aide de l’Espagne pour envahir le Portugal. Il finit par envahir l’Espagne et y installe son frère Joseph Bonaparte comme roi. Malgré 3 campagnes menée en 1808, 18010 et 1811, ne parvient pas à bout de la résistance portugaise dont le roi s’exile au Brésil jusqu’en 1821. Pire encore, l’infanterie britannique aidée par les nationalistes espagnols boute la Grande Armée en dehors de la péninsule ibérique alors que l’empire d’Autriche attaque une nouvelle fois la France en Allemagne et elle est finalement vaincue lors de la bataille de Wagram. Quelques mois plus tard, le 2 avril 1810, Napoléon épouse l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qui, le 20 mars 1811, lui donnera un fils ; cet enfant sera titré roi de Rome et nommé « Napoléon II ».  Le « Grand Empire » compte alors 130 départements, qui vont d’Amsterdam à Rome, et une population de 70 millions d’habitants (dont 30 seulement sont français), cela sans compter plusieurs états vassaux (royaume d'Italie, Naples, Confédération germanique, etc.) L’Empire est à son apogée.


La menace anglaise toujours réelle

Après la victoire de Trafalgar, les Anglais surs d’eux et qui n’ont jamais fortifié leurs côtes, considèrent plus que jamais que « les frontières de l’Angleterre se trouvent sur les côtes de leurs ennemis ». La marine britannique exerce à son tour une pression constante sur les littoraux de la Méditerranée, de l’Atlantique et de la mer du Nord harcelant les navires militaires et commerciaux. Toutes ces opérations sont tès couteuses pour l’Empire et ruinent le morale des troupes. La Corse est une cible privilégiée des attaques des escadres anglaises qui depuis la Sardaigne s’en prennent aux bateaux français chargés de bois (pour la construction navale) ou de céréales. Les corses vivent dans la hantise d’un débarquement anglais.

 

La bataille de Sagone

 

Le 1 mai 1811 les anglais  attaquent en  baie de Sagone. La tour génoise  de protection à l’entrée du port est vite mise à mal devant la hardiesse des assaillants et explose tuant une partie e la garnison. Il faut dire que les anglais, malgré un vent plat, trouvent le moyen de se faire remorquer par des brick (bateau muni de deux mâts) à la rame. Les défenses françaises sont en mauvais état et en moins de 2 heures elles sont réduites au silence. Napoléon plus tard fera endosser la responsabilité de cette défaite au ministre de la marine coupable selon lui de ne pas avoir édifié de défenses suffisantes, d’autant plus que les munitions ne correspondaient au calibre du canon de la tour !

De plus, si la flûte (bateau de charge) armée est à même de se faire respecter dans les mers lointaines, il n’en est rien dans les eaux européennes ou l’apparition du vaisseau de ligne, vers 1630-1640, la déclasse totalement. La flûte marchande poursuit sa carrière, mais en terme militaire, le mot se met à désigner progressivement ce que dans la marine de guerre actuelle on appellerait un navire logistique ou un transport de troupes.

Les 2 flûtes impériales, la Girafe(125 hommes, 26 canons) et la Nourrice (194 hommes, 28 canons) occupées à charger du bois de pin pour alimenter les arsenaux sont touchées .L’HENRIETTE  navire privé de commerce parvient à s’extraire du combat et est échouée sans gros  dommage un peu plus loin. Afin d’éviter la capture, Jean Louis Gabriel Renault et PIERRE FIGANIERES ,tout deux lieutenant de vaisseaux donnent ordre de saborder les flûtes . La Girafe rompt ses amarres et finit par couler en mer tandis que la Nourrice brûles  là où elle mouillait. En voyant cela, les anglais décident de ne pas prendre de risques inutiles et repartent enrichis  d’une victoire sur leurs ennemis de toujours.

A la recherche de la Nourrice

La Girafe est connue par les plongeurs depuis plus de trente ans .Elle a été localisée et fouillée en  1983 par Pierre et son équipe .Mais la nourrice reste introuvable malgré de nombreuses recherches et l’aide d’une carte dénichée aux archives départementales précisant son emplacement.

Août 2007 la porte du ferry  s’ouvre  et devant moi je découvre l île de beauté. Je débarque avec ma petite famille,  la voiture chargée de matériel de plongée et de détection. Arrivé au camping  Pierre, notre responsable, briefe toute l équipe sur le programme de cette campagne. : réévaluation avec plusieurs zones  pour la girafe, recherche d une épave probablement échouée  au début du siècle dernier et prospection dans la zone présumée où se trouverait la Nourrice. L’équipe est constituée d un noyau  de plongeurs passionnés qui se retrouvent le week end  à Crecy la Chapelle dans le cadre de fouilles bénévoles. Les autres sont des plongeurs chevronnés et certains même sont moniteurs. Ils arrivent de toute la France pour participer à cette campagne comme stagiaire et passer leur niveau 1 voir 2 en archéologie sous marine FFESSM (Fédération Française de Sports et d’Etudes sous Marines).

Ma première plongée se déroule sur le site de la Girafe qui repose à 20 mètres de profondeur.  Ne vous  attendez  pas à voir apparaître une épave comme dans une bande dessiné. Toutes les parties de bois qui n’ont pas eu la chance d être recouvertes par  le sable sont  dévorées par la faune marine. Il faut être un plongeur très averti pour voir se dessiner les contours d’une flûte de guerre ! Seuls 4 canons croisés et un tas de boulets pourraient attirer l’œil d’un profane.  On installe 2 carrés de fouille et le reste du programme de réévaluation  suit son cours.

Le surlendemain nous partons en trio pendant qu’une équipe continue ses travaux sur la Girafe. Nous arrivons chez Remy qui l année dernière avait parlé à pierre de morceaux importants de bateau sortant parfois du sable au grès du climat. Le vent s’est levé et une forte houle agite le site de plongée. Je me mets à l eau avec un Minelab Excalibur 800 et Stéphane avec un Fisher CZ 20. Au bout de 5 minutes le CZ  20 « se suicide ». Ca me sert les boyaux, lui qui depuis 2 ans, trônait fièrement près de mon lit attendant le grand jour. Les échos sont rares même en mode tous métaux, nous n’avons rien trouvé d’autre que se que Remy, nous avait indiqué. La houle a réduit la visibilité et nous empêche d’approcher des rochers.

Des quantité énorme de posidonies mortes (algues) me donnent par moment l’impression de nager dans de la choucroute .En sortant de l’eau je me fais emporter par une vague qui me laissera de belle écorchure sur les articulations et abimera mes bouteilles. Il faudra revenir, les dieux de la mer étant aujourd’hui contre nous.

La plongée suivante se fera dans la zone présumée ou se trouverait la Nourrice. Pierre nous précise que la Flûte avait un tirant d’eau de plus de 3 mètre donc il n est pas nécessaire  de prospecter  a cette profondeur .Benoît m accompagne; il est chargé de tirer la bouée de signalisation. En effet malgré le zodiac de sécurité de surface il serait dommage de se retrouvé coupé en morceaux par une hélice de bateaux. Pour ce genre de recherche, on travail bien évidemment en mode tous métaux afin de localiser le moindre petit morceau de clou qui pourrait confirmer la présence de l’épave sous le sable. La première trouvaille de taille est un pneu a plus de 40 centimètre sous le sable, imaginez donc à quelle profondeur peut se trouver une coque coulée depuis 2 siècles. Apres 20minute, on se retrouve face à une sorte de tumulus à huit mètres de profondeur. Je suis tout excité car l’Excalibur sonne de manière nette. Le tumulus  regorge de très grosses concrétions métalliques que nous ne parvenons pas à extraire tellement elles sont agglomérées. De l’autre coté on en localise une qui se détache. Une fois à terre après un petit travail de dégagement a la massette, on réalise que cette masse ressemble fortement à un fragment de boulet.. Le soir au camping il règne une ambiance magique, toute l équipe se met a rêver de la Nourrisse qu’on aurait enfin peut-être localisée et ce grâce à un détecteur de métaux.  Au petit matin, on se rend  sur le site avec 2 bateaux, l’un pour les plongeurs et l’autre servant de barge pour les pompes à eau. On tire une cordelette de 50 mètre dans l axe du tumulus. En surface Stéphane raccorde la sonde hydraulique à la pompe à eau. Le bout de notre cordelette servira de point de départ au sondage. Nous posons la sonde bien a la verticale .Sous l’effet de la pression de l’eau, elle s’enfonce dans le sable sans peine. Nous avançons d’un mètre cinquante à chaque sondage  le long de notre cordelette. Le tumulus est bien constitué de matériaux durs, mais aucune trace de bois ! On décide de remonter à la surface  un échantillon de gravier. Pierre en voyant le gravier s’exclame qu’il s’agit du leste !

Si on retrouve l’épave je paie le champagne car cela fait plus de trente ans que tout le monde  la recherche !

Devant le potentiel de la découverte toute l équipes est réquisitionnée. L’après midi, les suceuses entrent en action. Pendant que tout le monde travaille, je me promène autour du tumulus à la recherche d’autres indices. Je suis un  axe parsemé de graviers qui disparaissent sous le sable. Un peu plus loin, mon regard est attiré par une forme pointue qui se dégage du sable. Je balaie son pourtour de la main. Apparaît alors du bois vermoulu ! Mon cœur bat la chamade et je pousse des cris dans mon détendeur…il s’agit d’un clou de charpente ! En continuant une maille apparaît. Je sorts mon appareil photo et immortalise ce moment rare et intense dans la vie d’un plongeur.

Les jours suivant, nous dégagerons une petite partie des alentours pour se faire une idée de la position  exacte du bateau  .Une question perdure. Pourquoi les lestes se trouvent-ils si éloignés de la coque ?

A l’aide de la sonde hydraulique, l’équipe détermine ce qu’il reste de l’épave à sa voir une surface d’environ  8 mètres par 11. Apres avoir pris des clichés, nous  recouvrons les turgescences d’un lit de sable protecteur. Pour terminer la campagne, nous retournons en bas de chez Remi car les conditions sont bien meilleures. Je suis heureux car mon fidèle Excalibur reprend du service ! « Pierre 2 »  tracte la bouée de signalisation. Nous découvrons  une petite concrétion métallique que je pense être sans importance .Pierre 2 la casse avec une massette et il en sort 2 aiguilles typique de ce qui pouvait se trouver sur un voilier .Apres plus d’une heure de plongée, rien de neuf si ce n’est que la batterie du détecteur  que je pensais pourtant  bien chargée commence à donner des signes de fatigue .Je croise les deux bras devant pierre 2 ce qui signifie la fin de la plonger. Vous comprendrez pourquoi il est nécessaire d’avoir plusieurs batteries de secours quand on plonge. Voilà pourquoi aussi je vous ai préparé un petit article qui vous montre comment les changer, article que vous retrouverez dans la partie matériel.

Nous repartons vers le zodiac quand au milieu d’un tapis d’algues mortes, nous repérons un très gros morceau de ferraille qui sort à peine du sable. Nous dégageons plus d’un mètre autour d’une grosse pièce carré sans pouvoir descendre plus bas avec nos seules mains. Un peu plus loin coincée dans les rochers, c’est cette fois une très grosse chaîne, puis un cabestan que nous découvrons.

Enfin, nous venons de trouver le site exact du naufrage. Il y a de nombreuses traces enchevêtrées entre de très imposants rochers. Le lendemain, à l’aide de la suceuse, nous dégageons  le gros morceau de ferraille carré qui s’avère être en fait une ancre de plus de deux mètre de long ! En surface pendant ce temps là ça bouge car nous recevons la visite de la gendarmerie. Apres une discussion des plus sympathiques ils repartent avec les numéros d’immatriculation des bateaux afin de vérifier que nous possédons bien toutes les autorisations. Il faut sire que la Corse recèle de nombreux trésors, le plus connu étant le trésor de Lava qui défraya la chronique. Le dernier jour est dédié au rangement du matériel. Il y a trois pneumatiques à plier, les moteurs, les pompes, le compresseur, les tuyaux, les bouteilles. J arrête car j’ai mal au dos !  . Les résultats de cette campagne de fouilles sont très motivant et nous repartons avec le souvenir de bons moments passés ensemble et des  projets plein la tète pour l’avenir. Prochaine campagne cet été ! J’en profite pour remercier la collectivité territoriale de Corse, la FFESSM et le DRASSM pour leur aide. Je dédie cet article au travail de tous les bénévoles qui depuis des années contribuent à la survie de l’archéologie préventives que certains voudraient enterrer, surtout lorsqu’elle utilise des moyens modernes comme des détecteurs de métaux.

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